Objet de dévotion · Médaille
Médaille de saint Benoît
Une croix et une suite de lettres latines, parmi les objets de dévotion les plus répandus d'Occident.
Origine
La forme la plus ancienne, de contour ovale, se diffuse dans la chrétienté à partir du XVIᵉ siècle. La version aujourd'hui courante, dite « médaille du Jubilé », est frappée en 1880 sous la supervision des moines du Mont-Cassin pour le 1400ᵉ anniversaire de la naissance de Benoît de Nursie ; son dessin est dû au moine Desiderio Lenz, de l'école d'art de Beuron.
La tradition
La médaille de saint Benoît est l'un des objets de dévotion les plus diffusés de la tradition catholique latine. Elle se rattache à Benoît de Nursie (vers 480 – vers 547), fondateur du monachisme occidental et auteur de la Règle qui porte son nom. La tradition lui prête de longue date une fonction de protection, et l'objet est traditionnellement associé à la garde du foyer et du voyageur.
L'avers présente Benoît debout, tenant d'une main la croix et de l'autre le livre de la Règle. Le pourtour porte son nom latin, et l'exergue sous ses pieds la mention « Ex SM Casino MDCCCLXXX » — « du saint Mont-Cassin, 1880 » —, qui date la refonte jubilaire. Au sommet figure le mot « PAX », devise de la communauté du Mont-Cassin puis de l'ordre bénédictin tout entier.
Le revers est plus singulier : il ne porte aucune image, mais une grande croix entièrement composée de lettres. Sur le montant et la traverse se lisent deux brèves phrases latines ; aux quatre angles, les initiales du nom de la croix ; et tout autour de la bordure, une formule dite apotropaïque — c'est-à-dire, dans le vocabulaire de l'histoire des religions, destinée à détourner le mal. Cette construction fait de la médaille un petit traité visuel : chaque groupe de lettres condense une phrase, et l'ensemble se lit comme une inscription codée plus que comme une image.
Cette manière de réduire une phrase à ses initiales rattache la médaille à toute une famille d'objets gravés médiévaux et modernes, où l'abréviation tient lieu de signature et facilite la frappe sur un support minuscule. La datation de 1880 et la stabilité du modèle depuis lors en font par ailleurs un repère commode pour l'identification : la présence du « PAX » et de la mention du Mont-Cassin distingue la médaille du Jubilé de ses formes antérieures.
Dans la culture matérielle catholique, la médaille se porte en pendentif, se fixe au-dessus d'une porte ou s'insère dans un chapelet. Au-delà de l'usage dévotionnel, elle intéresse l'historien de l'art et de l'épigraphie comme un cas remarquable d'image faite de texte, et l'amateur d'objets anciens pour la richesse de ses variantes régionales, de la forme ovale primitive aux frappes jubilaires rondes de style Beuron.
Les inscriptions
Le texte gravé sur l'objet, développé et traduit. Inscriptions citées comme contenu documenté de l'artefact.
- CSPB
Crux Sancti Patris Benedicti
« Croix du saint père Benoît »
Aux quatre angles de la croix
- CSSML
Crux Sacra Sit Mihi Lux
« Que la sainte croix soit ma lumière »
Sur le montant vertical
- NDSMD
Non Draco Sit Mihi Dux
« Que le dragon ne soit pas mon guide »
Sur la traverse horizontale
- VRSNSMV
Vade Retro Satana, Numquam Suade Mihi Vana
« Arrière Satan, ne me conseille jamais tes vanités »
Sur la bordure (première moitié)
- SMQLIVB
Sunt Mala Quae Libas, Ipse Venena Bibas
« Les breuvages que tu offres sont le mal, bois toi-même tes poisons »
Sur la bordure (seconde moitié)
- PAX
Pax
« Paix »
Au sommet du revers — devise bénédictine
Lecture symbolique
L'objet condense deux registres symboliques classiques de l'Occident chrétien : la croix comme axe et comme lumière (« que la croix soit ma lumière »), et le refus du « dragon » comme figure du mal (« que le dragon ne soit pas mon guide »). La formule de bordure rejoue, sur le mode apotropaïque, le motif ancien de la parole qui écarte la tentation. Le tout est placé sous le signe de la « PAX » bénédictine — la paix comme horizon de la vie monastique.
- bénédictins
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- épigraphie
- protection
- Mont-Cassin
- patrimoine catholique