Objet de dévotion · Offrande votive
Ex-voto
Une plaque de marbre, un tableau, une maquette de bateau : l'objet qui garde la trace d'un vœu.
Origine
La locution latine « ex voto » signifie « d'après le vœu », c'est-à-dire conformément à ce qui a été formulé. Les encyclopédies liturgiques — le Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, aux articles « ex-voto » et « donarium » — renvoient au vocabulaire canonique du don : donarium, donaria votiva, tabellæ votivæ. L'archéologie atteste des offrandes votives bien avant le christianisme, notamment dans les sanctuaires grecs et romains liés aux divinités médicales. La recherche récente met toutefois en garde contre l'idée d'une chaîne ininterrompue : les travaux réunis par Jessica Hughes (« Votive Body Parts in Greek and Roman Religion », Cambridge, 2017) tournent le dos à cette lecture traditionnelle, en montrant que les matériaux, les échelles et les parties du corps représentées diffèrent trop d'un contexte à l'autre pour parler d'une pratique unique traversant les siècles.
La tradition
Un ex-voto est un objet déposé dans un lieu de culte en rapport avec un vœu. Ce qui le définit n'est donc pas une forme mais un geste : à la différence d'une médaille ou d'un chapelet, l'ex-voto peut être à peu près n'importe quoi, et c'est précisément ce qui en fait un corpus si riche pour l'historien.
Les encyclopédies liturgiques distinguent trois cas, et la nuance est utile. L'offrande dite propitiatoire accompagne une demande. L'offrande gratulatoire remercie d'une grâce reçue — c'est la plus répandue, et celle que le grand public associe au mot. Une troisième forme, dite surérogatoire, est parfois attestée : elle consiste à déposer un objet pour se rappeler à la mémoire de la figure sollicitée, le vœu étant formulé mais encore inaccompli. Ce vocabulaire, ancien et technique, décrit un rapport bien plus fin qu'un échange de biens.
Dans l'Antiquité, les dépôts se composent surtout de statuettes, de plaques anatomiques et d'inscriptions sur tôle de bronze rappelant le vœu contracté et l'identité de celui qui l'avait contracté. Les ex-voto anatomiques figurent la partie du corps concernée par le vœu, et cette précision est le cœur du procédé : elle identifie sans ambiguïté ce dont on s'acquitte, celle-là et pas une autre. La Gaule romaine en a livré des ensembles considérables, aujourd'hui catalogués — les Sources de la Seine étudiées par Simone Deyts en 1994, le temple de la forêt d'Halatte, le sanctuaire de Bû —, réunis en 2014 dans une exposition du Musée d'Argentomagus au titre éloquent, « Dieux merci ! ».
Le christianisme latin déploie ses propres formes : crucifix, plaquettes de métal estampé, tableaux peints, petites inscriptions sur marbre. Et surtout des objets en rapport direct avec la circonstance, ce qui donne au corpus son caractère parfois désarmant : maquettes de navires pour les gens de mer, mais aussi médailles militaires, volants d'automobile, maillots de sportifs. Au XIXᵉ siècle, la plaque de marbre blanc gravée d'un simple « Merci » devient la forme dominante, bien plus accessible qu'un tableau peint. La Révolution avait porté un coup net à la tradition, de nombreux sanctuaires étant pillés et des collections dispersées ; la restauration du culte au XIXᵉ siècle la relance sous ces formes nouvelles.
Notre-Dame de la Garde, à Marseille, offre le corpus le mieux étudié de France. Félix Reynaud y avait recensé 1 385 ex-voto au début des années 1990 ; la collection en compte aujourd'hui environ 2 500, et le sanctuaire en reçoit encore chaque année. Son livre de 1996 examine 135 ex-voto marins déposés entre 1810 et 1988, chacun accompagné du récit des circonstances de son dépôt. Le musée ouvert en 2013 et rénové en 2023 en expose une partie : plaques de marbre, tableaux, maquettes suspendues — dont un petit parachutiste de 1931, confectionné par un rescapé avec un morceau de la toile qui ne s'était pas ouverte. Sainte-Anne-d'Auray en Bretagne et Notre-Dame de Fourvière à Lyon conservent d'autres ensembles notables.
C'est la thèse de Bernard Cousin, dans les années 1980, qui a fait reconnaître cet art populaire comme témoignage ethnologique de premier ordre. Ces objets renseignent en effet sur bien autre chose que la dévotion : les événements historiques, les questions sanitaires, les métiers, et jusqu'à l'évolution de la mode, des moyens de transport et du mobilier. Un mur d'ex-voto est une archive datée, signée, et rédigée par des gens qui n'écrivaient nulle part ailleurs.
Une précision que le sanctuaire marseillais tient à énoncer lui-même, et qui corrige le malentendu le plus courant : l'ex-voto n'est pas un don consenti pour recevoir autre chose en échange, et ce n'est pas davantage une stèle à la mémoire d'un défunt.
Lecture symbolique
La tradition attache à l'ex-voto trois traits que l'objet porte simultanément. La trace d'abord : il fixe un moment daté, et se lit comme une inscription plutôt que comme une image. La visibilité ensuite — un ex-voto est accroché, exposé, offert au regard des autres visiteurs, ce qui en fait un témoignage public autant qu'un geste privé ; le mur d'ex-voto vaut par l'accumulation, chaque pièce empruntant sa force au voisinage des autres. La ressemblance enfin, dans le cas des formes figurées : la maquette du navire, l'organe de terre cuite, le morceau de toile de parachute désignent très exactement la circonstance, comme si l'objet devait nommer sans équivoque ce à quoi il se rapporte. La plaque de marbre du XIXᵉ siècle pousse cette logique à son terme, en réduisant tout le dispositif à un mot gravé.
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