2ᵉ ange du Shem ha-Mephorash
Jeliel
TranslittérationYeli-el
Amour conjugal, fidélité du foyer
La tradition
Jeliel — translittéré Yeli-el en hébreu — est le deuxième nom du Shem ha-Mephorash, cette série de soixante-douze noms divins que la tradition kabbalistique tire de trois versets consécutifs de l'Exode (14:19-21), en entrelisant leurs lettres selon une méthode de permutation rigoureuse. La racine Yeli, que l'on peut rapprocher de la notion d'élévation ou d'aspiration vers le haut, se voit complétée par le suffixe el, désignation générique de la divinité dans les langues sémitiques : le nom désigne ainsi, symboliquement, une aspiration divine, un élan orienté vers la source.
Jeliel appartient au chœur des Séraphins, le premier des neuf ordres angéliques dans la hiérarchie héritée du Pseudo-Denys l'Aréopagite et reprise par la théologie chrétienne médiévale. Les Séraphins occupent, selon cette tradition, la position la plus proche du trône divin — figures de feu pur à six ailes, dont Isaïe rapporte la vision fulminante. Leur fonction est celle d'un amour ardent, d'une communion immédiate avec le principe divin, que la tradition kabbalistique retraduit comme la pure puissance d'initiation et la volonté à l'état natif, avant toute forme particulière.
Sa sephira de rattachement est Kether, la Couronne, sommet de l'Arbre des séphiroth. Kether représente l'unité indifférenciée, l'antériorité de l'être à toute manifestation, le point d'origine dont toutes les formes procèdent sans qu'il s'y réduise jamais. Les anges qui s'inscrivent dans cette sephira sommitale décrivent, chacun selon sa nature propre, une facette de cet élan originel. Jeliel, deuxième de la série, déploie cette qualité vers ce que la tradition lui prête comme attribut central : la conservation et la vivification du lien conjugal.
C'est en effet sur l'amour conjugal et la fidélité du foyer que Lenain concentre l'attribution tutélaire de Jeliel dans sa compilation de 1823. La lecture symbolique de cet attribut est éclairante : situer la fidélité conjugale sous l'égide d'une puissance séraphique rattachée à Kether, c'est élever le lien entre deux êtres au rang de reflet du principe d'unité lui-même. La tradition kabbalistique lui prête ainsi une signification qui déborde le simple cadre domestique : le foyer stable, le serment tenu, la continuité de l'amour dans le temps seraient autant de déclinaisons terrestres de cette unité première que Kether incarne à l'état pur. On lui attribue également, dans certaines lectures dérivées, une influence symbolique sur la concorde entre les êtres et la persistance des liens librement contractés.
La période de régence solaire de Jeliel s'étend du 25 au 29 mars, aux tout premiers jours qui suivent l'équinoxe de printemps, lorsque le Soleil entre en Bélier. Ce positionnement dans le cycle annuel est lui-même chargé de sens : l'équinoxe vernal marque la restauration de l'équilibre entre la lumière et l'obscurité, et les tout premiers degrés du Bélier signalent l'impulsion initiale, la décision du printemps. Jeliel occupe, dans la séquence des soixante-douze, la place de ce moment charnière où l'élan de la création se précise sans encore se diversifier.
Figure de la deuxième position dans un cycle qui en compte soixante-douze, Jeliel incarne ainsi, selon la tradition transmise par Lenain, le passage de l'unité originelle vers la première déclinaison du lien — celui qui unit deux êtres dans la durée comme Kether unit en lui-même la totalité du possible.